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« Nous devons être de vrais sionistes » : deux ans après le 7 octobre, de nouveaux « pionniers » reconstruisent les kibboutzim

90 % des habitants évacués de la frontière de Gaza sont revenus, et avec eux plus de 2 500 nouveaux venus. Certains par idéalisme, d'autres pour que "la vie reprenne ses droits"

Une cérémonie marquant la reconstruction du kibboutz Nir Oz, dans le sud d’Israël, après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, le 7 août 2025. (Crédit : Tsafrir Abayov/FLASH90)
Une cérémonie marquant la reconstruction du kibboutz Nir Oz, dans le sud d’Israël, après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, le 7 août 2025. (Crédit : Tsafrir Abayov/FLASH90)

JTA — Deux ans après le massacre du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas, les kibboutzim proches de Gaza accueillent plus d’Israéliens que jamais, signe de la volonté de repeupler et de reconstituer les communautés dévastées par le pogrom. C’est encore plus visible le long de la frontière de Gaza, mais c’est également perceptible au nord, là où les tirs du Hezbollah ont eu pour effet de vider les communautés pendant plus d’un an et demi.

Ceux qui oeuvrent en ce sens parlent des kibboutzim comme d’un périmètre vital pour le pays.

Neri Shotan, qui dirige le fonds de réhabilitation du mouvement des kibboutzim, évoque un vieil adage : Si le pays s’assombrissait et que seuls les kibboutzim restaient éclairés, leurs lumières traceraient la carte d’Israël.

Sur les 260 kibboutzim qui se trouvent en Israël, une centaine est localisée aux frontières, selon Shotan dans le but de marquer la séparation par de la vie au lieu de fortifications.

L’ampleur des dégâts demeure frappante. Selon le mouvement des kibboutzim, 56 kibboutzim ont dû être évacués après le 7 octobre et 318 résidents ont péri lors du pogrom, soit près d’un quart des plus de 1 200 victimes, sans compter les quelque 40 000 résidents évacués.

Un nouveau mur rendant hommage aux plus de 450 membres du kibboutz morts le 7 octobre ou lors de la guerre qui s’en est suivie est venu rejoindre le mémorial aux kibboutzniks tombés sous le coup du terrorisme depuis les premiers jours d’Israël.

Le budget du plan public quinquennal pour la périphérie de Gaza s’élève à 19 milliards de shekels : dans un rapport publié en septembre dernier par la direction Tekuma, l’agence publique chargée de remettre en état les communautés frontalières de Gaza, on apprend que 7,9 milliards de shekels ont été alloués jusqu’alors, dont 525 millions de shekels cette année pour des programmes destinés à favoriser le retour des résidents évacués.

Le rapport estime à 90 % la part des habitants évacués et revenus, auxquels s’ajoutent plus de 2 500 nouveaux arrivants. Le ministre Zeev Elkin, qui supervise la reconstruction, a déclaré que l’intention était de multiplier la population par deux de façon à la porter à 120 000 dans les toute prochaines années.

Un nouveau quartier en construction dans le kibboutz Beeri, près de la frontière de Gaza, dans le sud d’Israël. (Direction de Tekuma)

Malgré tout, les endroits les plus durement touchés affichent un certain retard. Ainsi un tiers seulement des habitants de Nahal Oz sont revenus, alors que Nir Oz et Beeri ont à peine entrepris les travaux de reconstruction.

La réouverture de la boulangerie et de l’imprimerie de Beeri, kibboutz dans lequel une centaine d’habitants ont été tués et des dizaines pris en otage, a été saluée comme une étape majeure vers la reconstruction. Mais nombre de personnes continuent de faire la navette entre Beeri et un kibboutz situé à 40 kilomètres de là, à l’est, non loin de Beer Sheva, où les évacués de Beeri ont été réinstallés.

La cérémonie en l’honneur de la reconstruction de Nir Oz, en présence de Gadi Mozes, l’ex-otage octogénaire libéré des geôles du Hamas en janvier dernier et incarnation de l’esprit kibboutznik, n’a eu lieu qu’en août dernier. Après quoi les ouvriers ont ensuite posé les fondations de nouveaux bâtiments.

L’ex-otage Gadi Mozes prend la parole lors d’une cérémonie donnée pour le lancement des travaux de reconstruction du kibboutz Nir Oz, le 7 août 2025. (Tsafrir Abayov/FLASH90)

Des fonds levés par le mouvement des kibboutzim permet de combler les manques de l’action gouvernementale

Le Fonds de réhabilitation du mouvement des kibboutzim – mis en place dans les heures qui ont suivi le pogrom – s’est positionné pour combler les manques, explique Shotan, [faire ce] que l’État ne fait pas. À ce jour, il a levé près de 160 millions de shekels, essentiellement auprès de donateurs étrangers.

Dès 18 heures, le 7 octobre 2023, des bénévoles distribuaient des chaussures aux enfants qui avaient fui pieds nus, insistaient auprès du ministère de l’Intérieur pour qu’il remplace en urgence les cartes d’identité perdues dans les décombres et s’occupaient d’organiser les enterrements.

Dans les mois qui ont suivi, le fonds a permis de mettre les enfants évacués dans des écoles, de réorganiser le travail agricole lorsque les réservistes ont été rappelés et d’obtenir des logements temporaires.

En juin dernier, pendant la guerre contre l’Iran, il a installé un centre de bénévoles pour les cas d’urgence qui, entre autres, ont permis de livrer des camions entiers de matelas aux abris installés dans les kibboutzim du nord.

La dernière initiative du fonds consiste à faire venir de nouveaux résidents, dans le cadre d’un projet connu sous le nom de Chalutzi – un dérivé du mot hébreu qui signifie « pionnier ». Chalutzi est un lieu de parole et de mise en relation entre kibboutzim à la recherche de membres et nouveaux venus en quête d’un endroit où vivre et faire du bénévolat.

L’objectif du projet est de reloger un millier de familles, avec des milliers de demandes qui ont été enregistrées, sans oublier les jeunes célibataires désireux de vivre et travailler au sein des communautés frontalières.

Une affiche représentant l’otage assassiné Ohad Yahalomi sur la façade d’une maison du kibboutz Nir Oz, le 3 mars 2025. (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)

Parmi eux se trouve Ilan Gritsevsky, 29 ans, qui a quitté Tel Aviv en août dernier pour venir s’installer dans le kibboutz Nir Oz, dont un quart environ des habitants ont été assassinés ou pris en otage le 7 octobre et six maisons ont été épargnées. Il fait partie d’un groupe d’une cinquantaine de jeunes adultes liés au mouvement de jeunesse Hashomer Hatzair qui ont emménagé au tout début des travaux.

Pour l’heure, ils vivent dans des logements temporaires financés par des partenaires, dont le fonds de réhabilitation, avant de s’installer plus tard dans des logements neufs encore en cours de construction.

La vie urbaine, confie Gritsevsky, certes amusante, lui semblait trop anonyme : « La seule chose que vous partagez avec vos voisins, c’est un code postal. »

Le kibboutz propose, lui, un projet commun, sans oublier le sentiment que ses voisins sont également impliqués dans la reconstruction. Mais ce qui l’a décidé, explique-t-il, c’est l’idée de se défendre par la présence. Appelé le 7 octobre [2023] à Nahal Oz au titre de la réserve, il estime que son installation à Nir Oz est une sorte de prolongation naturelle de son service.

« Au début de la guerre, j’ai protégé nos frontières avec des armes : aujourd’hui, je crois que le fait de s’installer aux frontières est une forme importante de protection, pour la frontière physique de notre pays et qui dit quel type de pays nous voulons être », souligne-t-il.

La nouvelle génération de jeunes adultes établira une communauté éducative, assumant des rôles d’éducation informelle en plus de la journée scolaire. Le besoin est aigu. Depuis le 7 octobre, des problèmes qui étaient autrefois rares chez les adolescents des kibboutz, notamment la consommation de substances et d’alcool, sont devenus plus visibles, en parallèle de traumatismes plus larges.

Tekuma a alloué 115 millions de shekels aux programmes de services personnels, familiaux et sociaux et 61 millions de shekels aux traumatismes et au deuil, finançant des services de soutien aux familles, des centres parents-enfants, une assistance ciblée pour les familles à risque, la prévention de la violence domestique, des unités de traitement des agressions sexuelles et des programmes pour les enfants, les personnes âgées et les personnes handicapées.

Des personnes se recueillent devant un mémorial en hommage aux soldats de surveillance israéliens de la base militaire de Nahal Oz, tués par le Hamas lors du massacre du 7 octobre 2023, le 28 janvier 2025. (Moshe Shai/Flash90)

En avril dernier, Nir Oz a obtenu de la puissance publique 350 millions de shekels pour remettre en état la communauté – le dernier kibboutz touché par le 7 octobre à le faire – mais selon Shotan, on est loin des 500 millions de shekels nécessaires, selon les résidents.

Le KKL-JNF, qui finance des projets de remise en état dans tout le pays, a pour sa part accordé 75 millions de shekels à Nir Oz, dans le cadre d’une enveloppe globale de 750 millions de shekels pour tout Israël, ce qui permet de combler les manques.

Shotan assure qu’il est tout sauf difficile de vendre l’idée de la vie au kibboutz aux familles et aux jeunes car l’éducation, la communauté et le soutien social attirent, sans oublier que la vie est bien moins chère dans la périphérie que dans les grands centres de population d’Israël.

Mais, ajoute-t-il, c’est l’aspect idéologique qui attire le plus. « Il faut être un vrai sioniste pour faire ça. Les personnes pour lesquelles le sionisme n’est pas une valeur centrale ne viennent pas. »

Il fait remonter l’idée aux premiers kibboutzniks des années 1910 et à des familles comme la sienne, à ses grands-parents qui, dans les années 1920, ont co-fondé Shefayim – le kibboutz du centre d’Israël qui a accueilli les évacués de Kfar Aza suite au 7 octobre.

Illustration : Des pionniers construisent une nouvelle communauté en 1949. (Avec l’aimable autorisation de KKL-JNF/Avraham Malovsky)

Selon lui, c’est la même logique qui est à l’œuvre depuis le 7 octobre : les communautés situées en première ligne font à nouveau partie de la défense d’Israël.

« Les kibboutzim faisaient pleinement sens à l’époque, ce qui sera encore plus vrai à l’avenir. Notre défense repose sur eux, pas sur l’armée. Sans Nirim ou Nir Oz, les terroristes du Hamas seraient arrivés à Tel Aviv. »

« Nous ne sommes pas venus sauver qui que ce soit »

Les nouveaux venus n’associent pas forcément leurs motivations au sionisme classique. Maya, l’une des fondatrices de Torenu (« Notre tour »), un mouvement populaire sous l’égide du mouvement de jeunesse Dror-Israël, a aidé des dizaines de jeunes à s’installer dans les kibboutzim frontaliers de Gaza pour travailler dans les écoles, les clubs de jeunes et les champs.

« Nous ne sommes pas venus sauver qui que ce soit, et je n’aime pas le mot ‘réhabiliter’. Nous travaillons aux côtés des gens qui vivaient ici bien avant nous et qui seront probablement ici après nous », explique au quotidien israélien Israel Hayom cette native de Kfar Saba.

« D’aucuns appellent cela du sionisme, mais ce n’est pas ce qui m’a guidée. J’ai juste senti qu’il manquait des bras, ici, pour que la vie reprenne ses droits. »

Maya a démissionné de la start-up de Tel Aviv dans laquelle elle travaillait pour venir s’installer au kibboutz Reim, avec huit autres jeunes adultes. La communauté compte aujourd’hui plus de 180 familles (200 avant la guerre) et 10 nouvelles familles se sont ajoutées depuis.

Des proches et amis de victimes se recueillent sur les lieux du massacre du festival de musique Nova, le jour de Yom Hazikaron, dans la forêt de Reim, près de la frontière entre Israël et Gaza, le 30 avril 2025. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Le secrétaire du kibboutz, Zohar Livneh-Mizrahi, explique que ces nouveaux venus changent l’ambiance.

« Ce n’est pas un acquis, bien sûr, mais je vois que les gens veulent s’impliquer et aider », poursuit-elle. « D’emblée, cela m’a émue et c’est toujours le cas. Nous sommes en train d’écrire un nouveau chapitre de l’histoire du kibboutz et du sionisme. »

Le repeuplement des kibboutzim du nord est la prochaine étape du projet Chalutzi, souligne M. Shotan. Les dégâts y sont considérables et le retour est plus contrasté : 30 % de leurs résident vivant encore ailleurs.

Dans le nord, les autorités israéliennes estiment les dégâts immobiliers à près de 9 milliards de shekels : en milieu d’année, seuls 2,2 milliards de shekels avaient été décaissés, trop peu pour les habitants qui se plaignent de la lenteur des travaux de reconstruction des logements, des bâtiments publics et des installations agricoles.

Tenufa, l’homologue de Tekuma pour le nord, ne disposait ni des fonds ni des pouvoirs pour mettre en œuvre des projets, ce qui a amené les dirigeants des kibboutzim à travailler avec une dizaine de ministères pour obtenir les autorisations.

Le kibboutz Nirim après sa remise en état (Chefs de projet Epstein/Direction Tekuma)

Il faudra probablement attendre quatre à cinq ans pour que tout repousse, au niveau agricole, mais faute d’autorisation, rien n’a vraiment avancé. Et certains kibboutzim en ont assez d’attendre. À Yiftach, où les roquettes ont détruit près de 90 % des champs, les membres du kibboutz ont décidé de ne pas attendre en finançant eux-mêmes le défrichage et la replantation.

Les chocs externes n’ont fait qu’aggraver les tensions, confie M. Hotan. Les attaques des Houthis en mer Rouge ont perturbé le transport maritime et rallongé la durée du transport, fait monter les prix et, parfois, empêché l’exportation de produits.

Par ailleurs, le boycott économique imposé à Israël a tari la demande venues de certains marchés européens, sas compter les nouveaux droits de douane imposés par l’administration Trump qui sont venus compliquer les flux commerciaux et les prix.

Dans le sud d’Israël, à Nir Oz, Gritsevsky a retrouvé 200 personnes pour un repas communautaire à l’occasion de Rosh HaShana. Il évoque l’état d’esprit des nouveaux venus et des anciens résidents, savant mélange de détermination et de tension.

« Nous vivons tous encore dans cette tension, avec l’idée que ce n’est pas fini – le chagrin est toujours là et va rester encore longtemps mais nous tenons à agir, prendre la responsabilité de reconstruire », conclut-il.

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